Editorial

“Une constante reconnaissance du désir, d’un appel d’altérité”...
par Bernard Duroux


"Bernard Duroux (à gauche) avec le réalisateur Pierre Étaix"

Mieux comprendre la place de l’art pour mieux montrer, animer, me semble capital dans le travail de recherche. Et l’animation d’une salle “Recherche et Découverte”, me permet de recourir aux moyens militants afin de faire partager, encore un peu, de (re-) découverte cinématographique.

Serge Daney se plaisait à dire que s’il n’y a pas de spectateur dans la salle, il n’y a pas de cinéma ; s’il y a un spectateur, il y a cinéma. Je m’efforce, en premier lieu, qu’il y ait au moins un spectateur : 30.000 entrées avec 400 films programmés, venus pour la plupart du “bout du monde” à Brive-la-Gaillarde, me paraissent plus que satisfaisants quantitativement. En second lieu, montrer aux cinéastes qu’ils peuvent encore s’exprimer en tant qu’artistes ; en troisième lieu, tâcher d’éveiller, d’approfondir, de sensibiliser, de former, d’apprendre, d’analyser, etc... Le premier et le troisième point portent sur le public, le second sur la création.

Plus en détails, le premier point s’apparente au désir, au plaisir, aux “joies obscènes de l’esprit” ; le second rejoint la nécessité du contenant, des liens où la fécondation naturelle entre le créateur et le spectateur interviendra ; le troisième s’inscrit dans le champ social, le plus culturel étymologiquement, s’appuyant sur le travail, l’apprentissage, le social, la socialisation.

Afin de parfaire ces trois axes de mon travail, je retiendrais des notions, certes, un peu redondantes au militantisme, mais qui me semblent assez parlantes : résistance, défense, indépendance. Autant de termes dont nous avons tendance à abuser depuis quelque temps, mais qui, somme toute, s’accordent plutôt bien à nos préoccupations, car si l’Art, par essence, ne peut s’approprier des notions antinomiques, nos espaces, nos lieux, nos actions entièrement dédiées au “corps social”, sont objectivement, face aux standards et au lucre, en état de défense; face à une situation culturelle en état de résistance, et face aux “systèmes établis”, en état - ou en obligation - de recherche d’indépendance.

C’est le moins que l’on puisse faire dans la défense de la singularité de l’esprit ! Ce terme de recherche me plaît car il évoque notre approche du fondamental, de l’essentiel ; il inclut le travail de réflexion, sans gommer le désir, le plaisir même de la ...“recherche”. Mais attention, ça suppose aussi un au-delà à la diffusion, autrement dit, une implication “militante” active, résolue. Bref, le refus du consensus et du diktat de la consommation de masse.

Une société sans réflexion, ni création, ne peut se perpétuer sauf - et je citerais Jankelevitch qui lui-même l’avait emprunté à Reiner-Maria Rilke - “si l’on intègre l’inachevé, inhérent aux lois biologiques”. La recherche, le cinéma de recherche, c’est comme l’art ou le destin des sociétés humaines : c’est une constante reconnaissance du désir, d’un appel d’altérité”... “quelque part dans l’inachevé”. Cet inachevé, comme souvent le sont les meilleurs films, selon Marguerite Duras, c’est bien notre champ, notre arène, dans ces espaces où le privé et le public peuvent encore se rencontrer, et dès lors que notre “territorialité” est définie (par exemple le laboratoire pour le biologiste), l’aventure foraine de l’art cinématographique peut, au mieux, se poursuivre, au pire, témoigner.

Que le cinématographe que nous présentons nous aide à restituer cette volonté de poursuivre, de témoigner.

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Cinéma REX – 3. boulevard Koenig 19100 Brive - Tél : 05 55 23 29 01 - Email : contact@cinemarex.org

Centre Culturel de Brive - 31 Avenue Jean Jaurès 19100 Brive - Tel : 05 55 74 20 51 - Email : centre.cult.brive@wanadoo.fr